Déposer une requête à la CEDH n’est pas une procédure judiciaire ordinaire. La Cour dispose de ses propres règles, de ses propres formulaires et d’un filtre de recevabilité strict qui élimine la plupart des affaires avant même qu’elles soient examinées. Le guide ci-dessous couvre ce que vous devez faire, dans le bon ordre, avant même que le Greffe traite votre dossier.

Comment déposer une requête à la CEDH étape par étape

Étape 1 : Vérifier la recevabilité de votre affaire

Avant de toucher au formulaire de requête, vérifiez que votre affaire satisfait à l’ensemble des 12 conditions de recevabilité prévues à l’article 35. La plupart des rejections interviennent à ce stade. Les conditions critiques : le délai de quatre mois n’est pas expiré, les voies de recours internes ont été épuisées, la violation est imputable à un État membre du Conseil de l’Europe, et votre plainte met en cause un droit conventionnel.

Ne présumez pas qu’une erreur d’un tribunal national équivaut automatiquement à une violation de la CEDH. La Cour ne rejuge pas les affaires nationales. Elle examine si l’État a violé un droit spécifique garanti par la Convention — pas si le tribunal national a mal appliqué le droit. Une affaire factuelle convaincante peut être juridiquement irrecevable. Consultez notre guide complet sur les critères de recevabilité CEDH et utilisez la liste de contrôle de recevabilité pour vérifier chaque condition.

Étape 2 : Épuiser les voies de recours internes

La Cour exige que vous ayez essayé tous les recours effectifs disponibles dans votre pays avant de l’entendre. « Effectif » signifie des recours ayant une perspective réaliste de succès — pas toutes les voies que la loi prévoit en théorie.

Pour la plupart des affaires, cela signifie atteindre la juridiction nationale de dernière instance (Cour suprême, Cour constitutionnelle, ou la juridiction spécialisée compétente). Pour certaines violations — détention illégale au titre de l’article 5, durée excessive de la procédure au titre de l’article 6 — vous devrez peut-être utiliser des mécanismes d’indemnisation nationaux spécifiques. Documentez tout. Conservez les dates de chaque étape procédurale, les décisions rendues à chaque niveau et les moyens soulevés. La Cour demandera tout cela.

Étape 3 : Vérifier le délai de quatre mois

La règle des quatre mois est absolue. Depuis le 1er août 2022, vous disposez de quatre mois à compter de la date de la décision nationale définitive. Le délai commence à cette date — pas à la date de réception du jugement écrit, pas à la date où vous en informez votre avocat. Il n’y a pas de prolongation.

Calculez le délai immédiatement après la décision nationale définitive, avant toute autre démarche. Notez-le. N’attendez pas de recevoir des documents traduits ou une décision d’aide juridictionnelle pour calculer — ces processus ne peuvent pas proroger votre délai. Consultez le guide sur les délais CEDH pour les cas particuliers (violations continues, absence de voies de recours internes).

Étape 4 : Compléter le formulaire de requête officiel

La Cour n’accepte que le formulaire officiel de requête (Formulaire DOC), disponible sur le site du Conseil de l’Europe. Depuis janvier 2022, le Greffe n’accepte plus les lettres initiales à la place du formulaire. Une lettre décrivant votre plainte n’arrête pas le délai de quatre mois.

Le formulaire exige : les coordonnées complètes du requérant et du représentant, le nom de l’État défendeur, un exposé clair des faits en ordre chronologique, les articles spécifiques de la Convention dont vous invoyez la violation, la confirmation de l’épuisement des voies de recours internes avec dates et noms des juridictions, et votre déclaration de respect du délai de quatre mois.

L’exposé des faits est essentiel. Il doit être précis, complet et concis — idéalement pas plus de 20 pages. La Cour reçoit des milliers de requêtes. Les descriptions longues et désorganisées sont plus difficiles à traiter et plus susceptibles de déclencher un rejet précoce. Rédigez à la première personne, limitez-vous aux faits, évitez les arguments juridiques à ce stade.

Étape 5 : Rassembler et préparer votre documentation

Joignez tous les documents essentiels, en ordre chronologique, sans doublons. Pièces indispensables : décisions des tribunaux internes à tous les niveaux (copies certifiées si disponibles), correspondance avec les autorités, preuves des faits, et toute décision nationale d’indemnisation. N’envoyez pas de documents originaux — le Greffe accepte les copies. Organisez-les avec un index numéroté.

Si des documents sont dans une langue autre que l’anglais ou le français, vous pouvez les soumettre dans leur langue originale — mais le formulaire de requête lui-même doit être en anglais ou en français. La traduction des passages clés accélère le traitement, bien qu’elle ne soit pas obligatoire à ce stade.

Étape 6 : Déposer la requête

Envoyez le formulaire complété et les pièces jointes par courrier postal ou via le système de dépôt en ligne de la Cour (ECHR Online). L’adresse du Greffe : Cour européenne des droits de l’homme, Conseil de l’Europe, F-67075 Strasbourg Cedex, France.

Si vous envoyez par courrier, la date du cachet de la poste détermine si vous avez déposé dans les délais — mais vous devez envoyer le formulaire complet et signé. Un fax ou un e-mail ne compte pas. Si vous utilisez ECHR Online, conservez votre numéro de référence de dépôt.

Après le dépôt, le Greffe accusera réception et attribuera un numéro à votre affaire. Cela ne signifie pas que votre affaire est acceptée — cela signifie qu’elle est dans la file d’attente pour un contrôle initial de recevabilité.

Étape 7 : Mesures provisoires (en cas d’urgence)

Si vous êtes confronté à un préjudice imminent et irréversible — expulsion, extradition, risque de mort ou de torture — vous pouvez demander à la Cour l’application de mesures provisoires en vertu de l’article 39 du Règlement. Il s’agit d’une demande d’urgence visant à suspendre l’acte jusqu’à ce que la Cour examine l’affaire. Les mesures provisoires sont accordées dans les cas graves, mais elles ne sont pas automatiques. La Cour exige des preuves claires d’un risque réel et irréversible.

Si des mesures provisoires sont nécessaires, agissez immédiatement — n’attendez pas de remplir la requête complète. Transmettez un résumé de votre affaire, le risque spécifique, la date à laquelle l’acte est prévu et toute décision nationale. Le Greffe dispose de procédures d’urgence pour les cas urgents.

Étape 8 : Attendre la décision sur la recevabilité

Après le dépôt, un juriste du Greffe effectuera un examen initial. Si l’affaire semble irrecevable en apparence, un juge unique ou un comité de trois juges la rejettera sans entendre l’État défendeur. Cela peut prendre des mois ou des années, selon l’arriéré de la Cour.

Si l’affaire passe ce premier filtre, la Cour notifiera le gouvernement défendeur et lui demandera ses observations. À ce stade, vous aurez la possibilité de répondre aux soumissions du gouvernement. La plupart des affaires s’arrêtent là — soit rejetées comme irrecevables, soit déclarées recevables et renvoyées à une Chambre pour l’examen du fond.

Faut-il se faire représenter par un avocat ?

La Convention n’impose pas de représentation juridique au stade de la recevabilité. Vous pouvez déposer vous-même en utilisant le formulaire officiel. Mais le taux d’erreurs dans les requêtes non représentées est nettement plus élevé. Un avocat qualifié en droit CEDH vérifiera les conditions de recevabilité, structurera correctement l’exposé des faits, identifiera les bons articles de la Convention et vous conseillera sur l’opportunité de déposer.

Si la Cour communique l’affaire au gouvernement — c’est-à-dire si elle passe le premier filtre — la représentation juridique devient pratiquement indispensable. Le gouvernement défendeur sera représenté par son Agent et des avocats spécialisés. Plaider contre un État sans représentation juridique à ce stade n’est pas recommandé.

Si vous avez besoin d’un avis sur la préparation de votre affaire à être déposée, décrivez votre situation et nous l’évaluerons. Contactez nos avocats spécialisés en droit CEDH.

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